Pour donner naissance à une histoire, deux types d'auteurs s’affrontent ; le planificateur et l'instinctif. Le premier construit un itinéraire sans failles ; le second s’offre le vertige de l’aventure.
A. Définir son profil : Êtes-vous le planificateur ou l'instinctif ?
Le planificateur : Il crée un plan ultra-détaillé, chapitre par chapitre. Il rédige des fiches de personnages complètes, construit la chronologie, maîtrise le début, le milieu et la fin exacte de son intrigue.
L'avantage technique : Il ne souffre presque jamais du syndrome de la page blanche, car il sait toujours où il va. Ses intrigues complexes sont souvent parfaitement ficelées.
L'instinctif : Il commence à écrire sans vraiment savoir ou son histoire va le mener. Ce sont souvent ses personnages qui le guident, et l'intrigue se développe de manière organique au fil des pages.
Il correspond parfaitement à la fameuse phrase du célèbre romancier américain E.L. Doctorow « Écrire, c'est comme conduire de nuit. On ne voit pas plus loin que ses phares, mais on peut faire tout le voyage ainsi. »
L'avantage technique : Une grande liberté créative et des surprises constantes au fil de la plume.
Il faut maintenant passer à l'action. Cette étape est souvent la plus difficile pour un auteur débutant : c'est le moment où l'excitation de l'idée de départ se confronte à la réalité du travail quotidien. Pour ne pas abandonner en cours de route, vous devez aborder la rédaction avec méthode.
C'est le piège numéro un qui condamne la majorité des manuscrits à rester inachevés. Le débutant écrit un chapitre, le relit le lendemain, le trouve mauvais, le réécrit, et recommence ce cycle sans jamais dépasser la page 50.
L'objectif du premier jet : Pour l'instant, il ne s'agit pas d'écrire un bon livre, il s'agit d'écrire un livre complet. Le premier jet est simplement la matière brute que vous viendrez sculpter plus tard.
Écrire de manière fluide et immersive ne relève pas de la magie. Pour donner une dimension professionnelle à leur texte, les auteurs débutants doivent travailler leur style autour de deux piliers incontournables.
C’est la règle d’or de la narration moderne. Raconter, c'est donner une information brute et factuelle au lecteur. Montrer, c'est utiliser les actions, les sens et les émotions pour faire vivre la scène au lecteur, comme s'il y était.
La théorie technique : Au lieu de nommer une émotion ou un état (ex : la peur, le froid, la fatigue), décrivez ses manifestations physiques ou comportementales.
Exemples concrets :
Évitez : « Pierre entra dans la pièce. Il avait très peur et il faisait froid. »
Préférez : « Pierre poussa la porte. Ses mains tremblaient sur la poignée. Un frisson lui parcourut l'échine tandis que son souffle dessinait un nuage de buée dans la pénombre. »
Vous avez écrit le mot « Fin » ? Félicitations, vous venez d'accomplir ce que la majorité des aspirants écrivains ne parviennent jamais à faire. Cependant, le travail n'est pas terminé : vous détenez pour le moment une matière brute.
La pire erreur à ce stade serait de vous jeter immédiatement dans la relecture de votre manuscrit. Vous êtes encore trop imprégné de votre histoire. Votre cerveau ne lira pas ce qui est écrit sur la page, mais ce qu'il pense avoir écrit.
Le protocole technique : oubliez votre manuscrit dans un tiroir ou sur votre ordinateur et n'y touchez plus pendant au moins quelques semaines. N'y pensez plus et changez-vous les idées.
Le but recherché : Rompre le lien émotionnel fusionnel avec votre texte. Lorsque vous rouvrirez le fichier, vous aurez le recul nécessaire pour repérer les phrases bancales, les longueurs et les incohérences temporelles, comme s'il s'agissait du livre d'un autre.
Écrire son premier livre est une aventure extraordinaire, mais le secret ne réside pas forcément dans un talent inné ou une formule magique. Le véritable secret, c'est la persévérance. La différence entre un aspirant écrivain et un auteur publié tient souvent au fait que le second n'a jamais abandonné, même après des jours de doute.